Violence et adolescence

Nous sommes quelques fois appelées à l'AFM par des mamans qui ne savent plus quoi faire de leur enfant en pleine crise d'adolescence. Voici une des approches du phénomène de crise que tout parent est amené à expérimenter, de près ou de loin, avec son enfant.

La violence se déclenche chaque fois qu'il y a un conflit de désirs et d'existence entre parents et enfant. Comment ne pas la rencontrer à l'adolescence où le fils ou la fille cesse d'être «enfant de ses parents» pour entrer dans le monde des adultes et prendre une place autre que celle qui lui était jusque-là dévolue. L'adolescent a pour devoir de quitter la place que lui assignent toujours ses parents, pour devenir un adulte participant de la génération suivante. Devenir adulte, pour un ado, est vraiment un travail d'élaboration et de construction.

Tout est nul; il dit non à tout...
L'ado va mobiliser la force de défense de l'individu contre 1'«identification souhaitée» par les parents, car celle-ci, imaginée depuis sa naissance, ne se réalisera qu'en partie: on est plus ou moins le fils de son père ou la fille de sa mère. Entre l'adulte que les parents attendent depuis longtemps et l'image d'eux-mêmes qu'ils ont inconsciemment gravée depuis plus de 12 ans chez l'enfant, il y a un écart considérable, et l'ado, pour ne pas avoir à faire le tri de ce qui a été dit de bon et de ce qui a été fait de mauvais par ses parents, va commencer par tout flanquer dehors, tout refuser en bloc! Il ne veut plus être l'enfant de papa et maman, et, pour trouver des motifs raisonnables à ce tournant rapide, il va déclarer qu'il ne veut plus de ses parents ceux-ci ne valant rien, et si les parents, outrés, en viennent à recourir à un autoritarisme extrême ou à la violence, ils la trouveront aussi en face d'eux, mais, cette fois, à égalité, car leur enfant fait déjà 1.70m !

Son comportement est instable
Lors de l'adolescence, le fait de devenir adulte pose la question de l'identité propre, non seulement au sein de la famille, mais dans la société: il faut se résoudre à avoir son caractère, et c'est pourquoi vous voyez les ados changer de comportement d'un jour à l'autre, d'une minute à l'autre, essayant l'une ou l'autre des facettes de leur inconscient. Et vous pouvez voir votre enfant d'hier, si gentil, souvent prêt à se ranger à votre avis ou à vous aider, refuser aujourd'hui tout ce que vous lui demandez, en bloc et sans distinction. C'est à cette époque de sa vie que, jusqu'alors plutôt calme, il peut devenir violent, car sa sérénité n'était qu'apparente. C'est à ce moment qu'ayant besoin de nous jeter hors de lui, il peut en arriver à nous détester, lui qui n'a jamais éprouvé une telle chose et, du même coup, par projection, se croire lui aussi détesté... Il vous dira que personne ne le comprend et qu'il peut bien »crever »! Ne vous alarmez pas devant ces propos, pensez plutôt à tout ce qu'il n'a pas pu dire depuis qu'il est sous votre pouvoir, et rappelez-vous du jugement que vous avez formulé à l'endroit de votre si noble père, traité lui aussi de crétin (puisque pas adolescent en même temps que vous...).

Courage!
Ne vous inquiétez pas de ces mots violents, de ces sorties de tables inopinées, de cette impression d'avoir tout à coup en face de vous quelqu'un de très fragile (qui, du coup, se défend avec violence) parce qu'il croit ne pas être aimé. Restez ce que vous êtes, ne changez pas votre façon de vivre à cause d'un ado, continuez votre dîner en famille alors qu'il vient de vous laisser en plan, et rassurez les autres enfants :« Vous savez, il devient grand, et ça ne se fait pas si facilement, vous verrez plus tard... ».
A l'instar d'une cigale, votre ado est en train de faire éclater la chrysalide de vos principes: son Surmoi.

(Tiré du livre « Les parents face à la violence de l'enfant ».de Ch. Olivier. disponible à I'AFM)