Il a peur à la récré

Pour certains petits, la récréation est synonyme d'enfer. Comment aider l'enfant à dépasser ce rejet.
Depuis la rentrée, il rechigne à aller à l'école. Alors, à force de le questionner, il finit par tout dire: il a peur de se faire embêter par les autres pendant la récré. Cette appréhension est tout à fait normale, explique Julie Delalande, ethnologue. Dans la cour, des dizaines d'élèves courent dans tous les sens. Leurs activités n'étant pas dirigées par des adultes, les petits se sentent moins protégés. Et ceux qui viennent de débarquer et n'ont pas de copains se sentent encore plus vulnérables: seul, on se fait plus chahuter que dans unc bande.

L'étape la plus délicate: l'entrée au CP (ndlr: la primaire)
On rencontre cette peur à tout âge et plus souvent au CP, bien sÙr. L'enfant, qui faisait partie des grands en maternelle (ndlr : enfantine), se retrouve au milieu d'écoliers qui peuvent avoir cinq ou six ans de plus que lui. Il connaît moins de monde et va apprendre à ses dépens qu'il y a des endroits à éviter: le centre de la cour, réservé aux jeux de ballon et accaparé par les grands; tel arbre oÙ se réunissent les joueurs de billes; tel banc où s'échangent des petits secrets...
En début d' année, les petits doivent souvent se faire discrets, se contenter des espaces abandonnées par les grands. Mais ils découvrent vite qu'ils peuvent apporter des jeux (cartes, élastique...) et se faire une place.

Si besoin est, demander à la maîtresse d'intervenir
Incitez l'enfant à exprimer ce qu'il ressent: il a peut-être peur de se retrouver seul, de se faire bousculer ou attaquer; ou bien il se sent rejeté par les autres, etc. Parlez-en avec sa maîtresse, elle est la plus à même d'aider l'enfant. S'il n'a pas de copains, par exemple, elle peut le mettre en valeur dans la classe. Et si tout se passe bien, cela ira mieux dans la cour.
La violence peut aussi être résolue par la parolc. Certains instituteurs règlent les confl its de la récréation dans la classe.
La petite victime se sent alors moins isolée et plus forte, puisqu'elle a le soutien du maître et des autres élèves. De quoi lui redonner le courage d'affronter de nouveau la cour. Enfin, si un enfant a peur du bruit et des cavalcades des grands, sachez que la bibliothèque et le préau sont parfois réservés à des activités plus calmes.
Il doit apprendre à se faire de nouveaux copains
Certains enfants savent se faire des amis. Ils apportent de petits cadeaux aux autres, partagent leur goMer avec eux... Une façon de montrer leur générosité et d'entretenir l'am itié. Car les petits savent vite que les copains sont à reconquérir chaque jour, sinon on risque de s'entendre dire « J'te cause plus, t'es plus mon ami ». D'autres acceptent de prendre la place dont personne ne veut, celle du «chat », par exemple, et courent après les autres quitte à leur proposer ensuite d'autres jeux où ils seront plus à leur avantage.

A l'inverse, certains ignorent ces pratiques. Ils manquent souvent d'assurance ou se sentent différents, parce qu'ils sont un peu gros, petits, qu'ils portent des lunettes. Difficile d'agir à leur place et de leur enseigner comment se faire des copains. Mais on peut les aider à mieux connaître leurs futurs camarades, en fréquentant le même square, le même club de sport ou en les invitant à la maison: les amitiés se construisent aussi en dehors de l'école.

Autre façon d'aider l'enfant à s'intégrer: accepter les modes. Si un enfant insiste pour acheter une toupie, une corde à sauter... c'est que ces objets font partie de la culture enfantine. Or, il faut avoir la même culture que les autres pour se mettre en valeur et se faire accepter.

Avec le temps, le plus souvent, ça s'arrange
Certains ont parfois besoin de plusieurs semaines pour s'habituer à une nouvelle école, à une nouvelle classe. Mais à force de côtoyer les autres dans la cour, de les regarder jouer, ils finissent par trouver les clés de ce monde qui, au début, leur paraissait si hostile. Car aucun enfant ne déteste vraiment la récré. Tous rêvent d'avoir de nombreux copains et d'aller jouer avec eux...

Article tiré du magazine Femme Actuelle