Maman à mi-temps

Une semaine chez maman, une semaine chez papa: les pères sont de plus en plus nombreux à obtenir la garde alternée en cas de séparation. Mais c'est parfois difficile pour une maman de renoncer au quotidien avec ses enfants la moitié du temps.
« Une demi-maman, c'est ainsi que je me voyais quand on a débuté la garde alternée avec mon ex, raconte Charlotte, 35 ans, maman de Guillaume (5 ans). Je ne m'attendais pas à le vivre aussi mal. » Pas facile pour une femme de se séparer de ses enfants pour les confier à un autre, même si c'est le papa! Mais, parfois, elle n'a pas le choix. Depuis [quelques années], la loi prévoit la possibilité de résidence alternée de l'enfant au domicile de chacun de ses parents lors d'une séparation.

Si les militants de la cause des pères divorcés sont aux anges, de nombreux psy préviennent des dangers d'un tel dispositif pour le développement des enfants de moins de 6 ans et des conséquences toxiques sur le psychisme des mamans. « La résidence alternée peut être une bonne solution quand les deux parents et l'enfant sont d'accord; les domiciles sont très proches; le père et la mère s'entendent bien, explique Jocelyne Dahan, psychothérapeute. Toutefois, les mamans ont souvent du mal à accepter l'absence de leurs enfants. Elles s'inquiètent pour leur bien-être. Lorsque l'alternance leur est imposée, elles ont le sentiment qu'on leur arrache leur enfant et se considèrent victime d'une injustice ». Peut-on surmonter une telle épreuve? « Les difficultés du début sont réelles tant d'un point de vue matériel que psychologique », insiste Maryse Vaillant, psychologue et psychanalyste. Mais elles laissent peu à peu la place à une meilleure acceptation de la situation et avec le temps, elles sont nombreuses à le vivre plutôt bien et à en tirer avantage. Au travers de quelques témoignages, des psy expliquent pourquoi c'est si dur à vivre et comment réussir à en faire un atout.

Elles le vivent mal, pourquoi?
J'ai peur que mon enfant m'aime moins. J'ai peur que les liens avec mon fils de 9 ans ne s'effilochent. Il est beaucoup plus proche de son père. Quand il revient de chez lui, il est distant, silencieux... Il va directement dans sa chambre et n'en sort pas avant une bonne demi-heure.
L'analyse psy : Vous craignez que les séparations répétées nuisent à votre relation.

Son air boudeur accroît votre inquiétude. Pas de panique! « Les enfants aiment leurs parents envers et contre tout, insiste R. Neuburger. Si votre enfant semble bizarre, c'est que changer de maison n'est pas toujours drôle. Il a besoin de retrouver ses marques à chaque fois. Quand il revient de chez son père, il faut lui laisser le temps de se réorganiser: ne pas le harceler de questions ou le forcer à faire un câlin ».

Je culpabilise. Je suis incapable de profiter de ma semaine de liberté. Je ne fais que penser à mes filles. Si je fais du shopping, c'est pour leur acheter des fringues. Les rares fois oÙ je sors pour moi, je me sens coupable!
L'analyse psy: Vous culpabilisez de survivre à la séparation. « Les mamans se reprochent d'être aptes au bonheur sans leur enfant, de prendre du plaisir en dehors de leur maternité, s'exclame R. Neuburger. Elles sont prisonnières des normes de la société qui imposent à une femme d'être mère avant tout ». Les mamans ont du mal à s'autoriser des moments rien que pour elles. Il y a la pression sociale, mais en plus, elles s'imposent d'être des mères exemplaires et se refusent au bonheur! Pourtant, les enfants ne sont pas plus heureux si vous en bavez, au contraire, ils veulent vous voir gaie et souriante.

Elles en ont fait un atout, comment?
Je vis plus intensément l'instant présent. Au début, je vivais mal d'être séparée de ma fille (7 ans). Puis j'ai profité de ma liberté. Je suis sortie avec mes copines, je me suis inscrite à des activités. J'ai découvert aussi le plaisir de n'avoir aucune obligation. Pas besoin de courir! Avant, j'essayais de tout concilier et je faisais tout à moitié. Maintenant, les moments avec elles, c'est à 100% que je les vis. L'analyse psy : Même si les débuts peuvent être difficiles, la garde alternée permet aux mamans de faire des breaks, ce qui les rend plus décontractées et donc plus disponibles aux besoins affectifs de leurs enfants.

Article tiré du magazine Bien dans ma vie! Mars 2004